Octobre 2016


Ainsi c’est une nouvelle année de cultures qui commence à la ferme école ; les activités reprennent peu à peu, en attendant le retour des élèves en formation. Peu de personnes, outre les gardiens de jour et de nuit, se trouvent présentes en ce moment :
Youssou gère l’accueil paysan et la cuisine, de main de maître, réalisant de savoureux plats avec parfois peu de choses, assisté de Khalifa qui s’occupe aussi du jardin de plantes d’ornement. Awa entretient la banque de semences. Rahim, le formateur, supervise la reprise des travaux. Mamadou prépare les semis d’oignons.
Cheikh, qui souhaite devenir formateur, s’est vu confier par Gora une parcelle à cultiver, pour faire ses preuves. Josette et Gora bien entendu font de fréquents séjours sur place.

Après les pluies, il faut désherber et remettre les parcelles en état en les fertilisant avec la fumure récoltée dans les villages ; le choix des cultures sera déterminé en fonction des quantités d’eau disponibles, moins abondantes que l’an dernier. Les premiers semis réalisés sont les oignons violet de Galmi (une variété produite au Niger et donc bien adaptée ici) ; mais la production de semences et fournir à son tour de nouvelles semences. Les noix de coco sont mises en place dans la nursery : chaque noix est scarifiée afin d’accélérer le mûrissement et les jeunes pousses sortent beaucoup plus tôt.

Les cocotiers florissants abritent, outre les jeunes plants de cocotiers, de nombreux plants de papayers ; cette année le verger a produit des mangues, des citrons et des pamplemousses, des pomme-cannelle, des grenades…un véritable jardin des délices, aussi bien pour le goût que pour la vue ! Et un paradis pour les oiseaux.ne permet pas encore l’autosuffisance ; il est donc nécessaire d’acheter des semences Clause (500 grammes coûtent environ 26 OOO CFA, soit 40 euros). La récolte d’oignons précédente a été triée par Awa pour être repiquée Précisons que lors de la toute première plantation de cocotiers, environ 70 % ont péri ! On mesure mieux tous les efforts qui ont conduit à réaliser l’actuel jardin. Sur la parcelle d’en face, Kaydara 2, sur laquelle se trouvent l’éolienne et le château d’eau, pousse une nouvelle génération de cocotiers ; une partie des prochains jeunes en formation travaillera ici, avec moins d’ombre pour les cultures que dans le premier jardin , mais c’est une situation à laquelle ils seront confrontés dans l’avenir en tant que maraîchers.

Les cocotiers, à divers stades de leur développement, ainsi que les plantes ornementales, sont disponibles à la vente. Le jour de notre arrivée, les représentants d’une ONG luthérienne pour laquelle Kaydara a fait des formations d’animateurs sont venus chercher une commande de noix à germer et de plants de cocotiers destinés à des jardins de femmes à Toubacouta. « L’école du cocotier » se dissémine comme on peut le constater alentours dans les terrains de particuliers où s’épanouissent de jeunes plants.

Comme Kaydara se veut aussi un lieu de rencontres, en prévision de la venue de conteuses de France en janvier (association Terres d’argile des amis et amies de Marie Delizy) , Gora envisage de faire venir les élèves des écoles et lycées proches (et non pas l’inverse ) pour assister à ces séances. Il souhaite que les jeunes demandent aux plus vieux de retrouver les contes anciens, afin d’enrichir ces rencontres ; une façon de faire vivre la mémoire collective, tout en associant Kaydara à cette mémoire. C’est à ce genre de détails que l’on voit comment le souci d’intégrer les populations locales au projet de la ferme école est au cœur de la pédagogie de Gora. Un autre exemple significatif : il a fait construire à l’extérieur un puits accessible aux troupeaux de passage (ceux-ci ne pouvant plus s’abreuver à l’intérieur de la ferme école comme c’était le cas auparavant .

La fin de l’hivernage c’est aussi s’occuper de travaux plus modestes néanmoins indispensables pour assurer les formations : vérifier le fonctionnement du matériel vidéo/audio/informatique/électrique et effectuer les réparations nécessaires en cas de détériorations causées par le sable, la pluie…ou les souris consommatrices de raccords !

Dans cet ordre d’idée, Josette planche actuellement sur la réalisation d’un atelier de mécanique agricole, dont l’emplacement est déjà prévu : L’outillage requis n’est pas toujours disponible, suffisant, il peut être cassé ; les élèves doivent aussi apprendre à l’entretenir et le réparer, voire le fabriquer le cas échéant. Cet apprentissage pourrait aussi fournir une activité de mécanique agricole, alternative à l’agriculture, pour certains élèves qui seraient intéressés.

Par le biais d’une association locale, Kaydara est en contact avec un lycée professionnel de Poitou-Charentes qui proposerait le matériel adapté (poste de soudure…) ; il reste à élaborer les plans selon des normes de sécurité.

De plus en plus, Kaydara est sollicité pour des formations en agro-écologie, le plus souvent par des associations, ONG, mais aussi par des particuliers qui disposent d’un terrain, ainsi que par des organismes officiels. Par exemple, une ONG italienne qui forme des médecins, des infirmiers, des malades de Diofior, à lutter contre la tuberculose, en montrant aux familles touchées par cette maladie comment disposer d’une meilleure alimentation. Jardins d’Afrique a soumis un dossier d’agrément à l’ONFP (Office national de formation professionnelle du Sénégal)  pour être opérateur de formations; les divers intervenants formateurs qui sont sollicités temporairement pour des dans les interventions spécifiques autres que l’agriculture ont du remplir un dossier de leurs compétences (équipement hydraulique, solaire, éolien, entreprenariat, ..). Suite au dépôt de ce dossier, l’ONFP a prévu de faire former 20 jeunes d’un même village à partir de janvier.

Saluons ici l’inépuisable énergie de Gora et Josette qui sont un peu sur tous les fronts sans perdre un instant les objectifs premiers de Kaydara.

«  Je suis un caméléon qui s’adapte à toutes les situations », dit Gora, qui cependant témoigne de son « ras-le-bol » devant l’avalanche de séminaires, rencontres, conférences consacrées à l’agro-écologie au Sénégal, et auxquels il est très souvent invité. Un succès à double tranchant : la visite du Président de la République du Sénégal l’an dernier, l’appui (pour le moment théorique seulement) du ministère de l’agriculture accélère le mouvement en faveur de la diffusion de bonnes pratiques agricoles.

Mais au-delà de l’effet de mode sur lequel surfent certains opportunistes qui se mettent en avant alors même qu’ils sont rarement présents sur le terrain, ces rencontres où l’on retrouve toujours les mêmes acteurs, où l’on entend toujours les mêmes discours théoriques, servent surtout de vitrine et génèrent aussi un gaspillage d’argent qui devrait être investi auprès des paysans et pour la formation des jeunes. Gora préfère, de loin, travailler dans le jardin que se retrouver dans des réunions stériles.

Nous avons été très heureux de donner un petit coup de main aux premiers travaux agricoles et à l’entretien du matériel ; il y aurait aussi un bon coup de peinture à donner mais le temps manquait ! Nous remercions chaleureusement toute l’équipe présente pour son accueil et pour tout ce que nous avons appris.

La délégation officieuse des Amis de Jardins d’Afrique,

Marie Amand et Patrice Drochon

P.S : A quelques jours près, nous aurions rencontré Fred Courant…..Oui, le Fred de « C’est pas sorcier » est venu faire un reportage pour « L’esprit sorcier » et pour présenter ce reportage à la COP 22 de Marrakech qui aura lieu en Novembre, donc bientôt. Et comme nous s’est reposé sous l’ombre bienfaisante des cocotiers !